Pendant des décennies, la barrière symbolique des deux heures sur marathon semblait relever du fantasme, un chiffre rond évoqué presque pour rire par les entraîneurs les plus optimistes. En avril 2026, cette limite a pourtant fini par tomber, dans des conditions de course parfaitement officielles, mettant un terme à l’une des quêtes les plus obsédantes de l’histoire de l’athlétisme. Retour sur les records marathon qui ont marqué cette discipline, entre exploits confirmés, tentatives spectaculaires hors normes et une tragédie qui a bouleversé toute une communauté.
Sommaire
Le record du monde masculin : la barrière symbolique des deux heures enfin franchie
Le 26 avril 2026, lors du marathon de Londres, le Kényan Sabastian Sawe est devenu le premier athlète de l’histoire à courir un marathon en moins de deux heures dans des conditions de course parfaitement légales, en établissant un chrono de 1 heure 59 minutes et 30 secondes. Cette performance a fait tomber d’un coup 1 minute et 5 secondes le précédent record du monde marathon, jusque-là détenu par Kelvin Kiptum. Fait tout aussi marquant, l’Éthiopien Yomif Kejelcha est lui aussi passé sous la barre des deux heures lors de cette même course, terminant deuxième dans un temps historique, faisant de cette édition du marathon de Londres l’une des courses les plus spectaculaires jamais organisées, avec deux athlètes franchissant simultanément une limite jugée quasiment inatteignable quelques années plus tôt.

Kelvin Kiptum, le record tragique qui a précédé l’exploit
Impossible d’évoquer ce record sans revenir sur celui qu’il a détrôné. En octobre 2023, lors du marathon de Chicago, le jeune Kényan Kelvin Kiptum, alors âgé de seulement 23 ans, avait déjà bousculé les esprits en devenant le premier homme à courir sous la barre des deux heures et une minute, avec un chrono de 2 heures 0 minute et 35 secondes, effaçant de plus de 34 secondes le précédent record détenu par Eliud Kipchoge. Cette progression fulgurante laissait entrevoir qu’un marathon sous les deux heures n’était plus qu’une question de temps. Le destin en a pourtant décidé autrement de façon tragique : Kelvin Kiptum a trouvé la mort dans un accident de la route en février 2024, quelques instants seulement après avoir annoncé publiquement son intention de s’attaquer justement à cette fameuse barrière des deux heures. Son record est resté invaincu pendant plus de deux ans, jusqu’à l’exploit de Sabastian Sawe à Londres.

La tentative non-officielle d’Eliud Kipchoge, précurseur du sous-2h
Avant même ces performances homologuées, Eliud Kipchoge avait déjà réussi, en 2019, à courir un marathon en moins de deux heures lors du défi Ineos 1:59, un événement mis en scène spécifiquement pour cette tentative, avec des pacemakers qui se relayaient en formation autour du coureur et un parcours optimisé pour la performance. Cette performance n’a cependant jamais été homologuée comme record du monde officiel, les conditions de course ne respectant pas les règles standard imposées pour les compétitions classiques. Il est d’ailleurs intéressant de noter que le chrono de Sabastian Sawe en 2026, réalisé sans ce dispositif de pacemakers tournants, s’est révélé environ 10 secondes plus rapide que celui de Kipchoge lors de sa tentative spécialement organisée, une comparaison qui souligne à quel point la performance de Londres relève d’un exploit sportif à part entière, réalisé dans les conditions habituelles d’une course ouverte.

Les records féminins : deux catégories bien distinctes
Du côté féminin, la situation reste un peu plus complexe à suivre, car World Athletics distingue officiellement deux catégories de records selon le format de course. Le record du monde absolu, obtenu lors d’une course mixte où hommes et femmes s’élancent ensemble, est détenu par la Kényane Ruth Chepng’etich, qui a couru en 2 heures 9 minutes et 56 secondes lors du marathon de Chicago en octobre 2024, devenant à cette occasion la première femme de l’histoire à descendre sous la barre des 2 heures 10 minutes. Le record des courses réservées exclusivement aux femmes, une catégorie distincte car l’absence de coureurs masculins modifie sensiblement la dynamique de course, appartient quant à lui à l’Éthiopienne Tigist Assefa, qui a établi un chrono de 2 heures 15 minutes et 41 secondes lors du marathon de Londres 2026, la même édition qui a vu Sabastian Sawe entrer dans l’histoire côté masculin.
Pourquoi distingue-t-on courses mixtes et courses réservées aux femmes
Cette distinction, parfois source d’incompréhension chez les amateurs de course à pied, s’explique par un facteur tactique important : dans une course mixte, les concurrentes peuvent profiter du sillage et du rythme imposé par les coureurs masculins les plus rapides, ce qui facilite objectivement la réalisation de temps plus rapides. Une course strictement féminine élimine cet avantage tactique, rendant la performance plus difficile à réaliser en solitaire ou en petit groupe homogène, ce qui justifie l’existence de deux catégories de records distinctes plutôt qu’un classement unique qui mélangerait des conditions de course trop différentes pour être comparées équitablement.
Les records marathon à retenir
- Record du monde masculin : 1h59min30s, établi par Sabastian Sawe au marathon de Londres 2026.
- Précédent record masculin : 2h00min35s, établi par Kelvin Kiptum à Chicago en 2023.
- Record féminin absolu (course mixte) : 2h09min56s, établi par Ruth Chepng’etich à Chicago en 2024.
- Record féminin en course réservée aux femmes : 2h15min41s, établi par Tigst Assefa à Londres en 2026.
- Première tentative sous les deux heures (non homologuée) : 1h59min40s, réalisée par Eliud Kipchoge lors du défi Ineos 1:59 en 2019.
Comment ces records ont progressé au fil des décennies
La progression des records marathon illustre à elle seule l’évolution spectaculaire de l’entraînement et des conditions de course sur plus d’un siècle. Longtemps mesuré au-delà des deux heures trente, le record du monde masculin a connu une accélération particulièrement nette depuis les années 2000, avec l’arrivée d’une génération d’athlètes est-africains portés par des méthodes d’entraînement toujours plus pointues, des chaussures à plaque de carbone qui ont profondément modifié l’économie de course, et des parcours optimisés pour la vitesse pure. Chaque record semblait repousser un peu plus loin une limite qu’on pensait pourtant définitive, jusqu’à ce que la barrière des deux heures, longtemps considérée comme la frontière ultime de la performance humaine sur cette distance, finisse par céder en conditions officielles.
Que faut-il retenir de cette accélération des performances
Au-delà du simple chiffre, ce qui frappe dans cette accélération récente reste la rapidité avec laquelle des limites jugées quasi théoriques ont fini par tomber les unes après les autres, parfois à quelques années d’intervalle seulement. Cette progression soulève d’ailleurs une question qui anime désormais toute la communauté de l’athlétisme : jusqu’où ces records peuvent-ils encore descendre, et quelles innovations, qu’elles soient technologiques ou méthodologiques, permettront la prochaine avancée majeure. Une chose semble certaine : la marge de progression, longtemps jugée quasiment épuisée, s’est révélée bien plus large que ce que la plupart des experts anticipaient il y a encore quelques années.
En résumé
Les records marathon racontent une histoire faite d’exploits retentissants, de tentatives spectaculaires et parfois de destins tragiques, comme celui de Kelvin Kiptum. De la tentative précurseur d’Eliud Kipchoge jusqu’au chrono historique de Sabastian Sawe en 2026, en passant par les performances remarquables de Ruth Chepng’etich et de Tigist Assefa côté féminin, cette discipline continue de repousser des limites que l’on croyait pourtant définitivement fixées. Reste à savoir quel sera le prochain chapitre de cette quête vers l’impossible.





















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